Gangsta Ride

Un projet d’écriture, d’animation et d’illustration autour de la figure des gangsters, du “Gangsta rap” et des relations parfois ambiguës entre musique et banditisme.


















Egotrip — Fantasme et dure réalité

« Car Wash » – Gangsta Ride / Malandrins- by B.Boukagne
« Car Wash » – Gangsta Ride / Malandrins- by B.Boukagne

Quelle est la part de réalité et de fantasme
que nous reflète le monde du gangsta rap ?

Au-delà des textes, l’expérience du gangsta rap se transmet mondialement par l’image de ses pochettes d’albums et de ses clips vidéo qui s’affranchissent facilement des barrières de la langue.

Les artistes du Gangsta rap relatent par l’image et le texte, le quotidien des banlieues noires défavorisées de Los Angeles, ainsi que du reste des États-Unis : pauvreté, violence, racisme, vente de drogue, persécutions de la police, vols et guerre des gangs.

Une réalité sociale que les gangsta rappeurs opposent à une autre, leur réussite sociale et financière qui défie avec fierté le déterminisme de leur condition de vie.

Les figures de proue de cette réussite en sont les gangsters et les rappeurs qui, par leurs « talents » respectifs, se libèrent de la pauvreté et accèdent à un monde de luxe plaqué d’or et de rubis.

Comme le narre si bien le podcast « The Undersiders », les trajectoires de réussite des gangsters et des rappeurs vont se croiser à plusieurs reprises, influençant directement l’évolution du hip-hop et érigeant ainsi rapidement le Gangsta rap au statut de Pop culture mondiale.

L’argent et la célébrité font tourner bien des têtes. La concurrence devient de plus en plus rude.
On réclame une «street credibility» aux artistes de ce mouvement.

L’image fait foi, les pochettes d’albums et les clips vidéo doivent prouver ce que vantent les paroles :
attitudes agressives, démonstrations de son opulence, expérience de la prison, chaînes en or qui brillent et armes chargées au poing sont les arguments pour décourager toute velléité de remise en question de son statut de bad boy.

Mais toutes ces démonstrations sont-elles toujours bien réelles ?

Pour créer un mythe, l’exagération et l’Egotrip (expression anglo-saxonne qui correspond à l’acte ou à la démarche d’améliorer ou de satisfaire son égo) sont amplement utilisés par les rappeurs comme un acte promotionnel.

Cependant, dans cet univers de compétition et de violence, l’industrie du disque et le monde du banditisme en laisseront beaucoup sur le carreau. Les morts violentes des deux stars ennemies, Tupac Shakur et Notorius B.I.G mettront le feu aux poudres pour finalement s’estomper quelques années plus tard.

Rattrapé par ses démons, le gangsta rap a la gueule de bois.


















Les faux accords du gangsta rap

« With Attitude » – Gangsta Ride – Malandrins – B.Boukagne
« With Attitude » – Gangsta Ride – Malandrins – B.Boukagne

Il serait caricatural d’étiqueter tout un style musical et ses artistes comme homophobes et machistes.

Cependant, malgré des discours de luttes et d’affirmations contre l’ordre établi et les inégalités qu’il génère, de nombreux rappeurs sont épinglés pour leurs textes misogynes et homophobes.

Le gangsta rap ne contredit pas ce triste constat, pire, il exacerbe le problème avec des paroles et des comportements outrageusement violents, grossiers et discriminants contre tout ce qu’ils ne considèrent pas comme un comportement «viril» et «masculin».

La raison de ce rejet est souvent attribuée au contexte de naissance du rap et du gangsta rap.

Cependant, il ne faut pas négliger le fait que les discriminations passés et actuelles faites aux femmes et à la communauté LGBTQIA+ sont présentes à tous les niveaux de notre société. L’aisance financière, la couleur de la peau ou le fait d’être croyant ou non n’excluent pas la phobie et l’exclusion de celui que l’on pense comme «différent».

Femmes gangsters VS Gangsta rap

Change the rules – GangstaRide by B.Boukagne
Change the rules – Gangsta Ride by B.Boukagne

Dans le monde du banditisme, les femmes ont prouvé à maintes reprises qu’elles pouvaient être l’égal des hommes.

Tout comme leurs homologues masculins, certaines deviendront de vraies légendes en agissant sous les feux des médias comme Bonnie Parker ou, plus discrètement, domineront le marché de la drogue à Los Angeles dans les années 1980 comme la «Queen Pin» Jemeker Thompson ou comme Thelma Wright à Philadelphie.

Pourtant friands des récits de gangsters, les gangsta rappeurs leur rendront finalement peu hommage dans leurs textes.

Malgré cette domination masculine, des gangsta rappeuses émergeront de ce monde dégoulinant de virilité et taperont là où ça fait mal… C’est-à-dire l’entrejambe.

Comme exemples (non exhaustifs), des rappeuses comme BO$$ ou Lil’Kim affirment leur personnalité indépendante et sans concession et, dans des styles très différents, remettent en cause l’hyper virilité des gangsta rappeur.

Des exemples de ce genre pour la communauté LGBTQIA+ semblent plus rares, ou sont actuellement moins documentés tant pour les gangsters que pour les gangsta rappeurs.

Depuis quelques années seulement les mentalités évoluent, des artistes de la scène hip-hop font leur coming-out officiel et sont même soutenus par des artistes faisant parti du gangsta rap. Néanmoins, le sujet est abordé à demi-mot et la sincérité de la démarche gay-friendly de certains membres de la scène hip-hop est parfois remise en cause comme le montrent les paroles du rappeur T-Pain qui dénonce une certaine hypocrisie (cf. Magazine Antidode.com “Le hip-hop est-il toujours aussi homophobe ?”).

Queen B – GangstaRide by B.Boukagne
Queen B – Gangsta Ride by B.Boukagne

Souvent pointé du doigt, ce genre musical est aussi le reflet de notre société.

Aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, les violences faites aux femmes et à la communauté LGBTQIA+ sont toujours très présentes.

Face à la violence et au rejet, l’adhésion à un gang peut s’avérer être une planche de salut pour l’individu marginalisé qui peut ainsi retrouver une aide et une protection «familiale» en échange de quelques services.

A travers le documentaire «Check it» le réalisateur et la réalisatrice Toby Oppenheimer et Dana Flor nous narrent l’histoire d’un gang de jeunes queers noirs issus d’un quartier défavorisé de Washington.

Les membres de ce gang se sont réunis pour se protéger d’un monde violent qui les rejette et ainsi affirmer leur identité.

Leur ambition : sortir de l’exclusion par l’expression de leur culture et de leur art.

N’est-ce pas aussi une aspiration proche de celle des jeunes des quartiers défavorisés qui ont cherché à s’exprimer à travers la culture hip-hop et la musique gangsta rap ?

Gangsta Ride” — Écrits, illustrations et animations par Benjamin Boukagne

© Dompteur de graphisme – Benjamin Boukagne